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Attention, éthique !

Fin du 19e siècle

Kilomètres à l'heure

En ce temps-là, on clamait sa morale et l'on disait l'automobile immorale ; que le Bon Dieu avait donné aux seuls animaux la capacité de se mouvoir, que la construction d'un engin doté de cette même faculté était sacrilège. Les médecins assuraient que l'automobile n'avait aucun avenir car le corps humain ne pourrait pas supporter une vitesse supérieure à 30 km/h. (Étrange idée, au demeurant, si l’on songe que nous vivons confortablement sur une planète qui fonce à 110'000 km/h sur sa trajectoire autour du Soleil !) Il était donc clair que la voiture était condamnée ; toutefois, en attendant la fin prochaine de cette invention diabolique, tel prédicateur jugeait prudent de vouer aux gémonies les pilotes de ces « infernales locomotives déraillées », sous l'approbation unanime de ses ouailles assoiffées de vérités salvatrices.

Insultes

Blessés à la suite d'accidents, les conducteurs et leurs passagers méritaient cette juste punition du Ciel, police et Justice, unies dans la mauvaise foi, fermant les yeux sur des cas de non-assistance flagrante. Quant au journal français La Libre Parole, il insultait les détenteurs d'automobile en les traitant tous de Juifs... à moins que ce ne soit le contraire. On découvrira d'autres manifestations glorieuses de la morale populaire dans l'ouvrage de Pierre-Lucien Pouzet, L'automobile autrefois. Une difficile adoption (Ed. Horvath, 1996).

Début du 21e siècle

L'automobile

L'automobile est devenue la voiture et la morale s'est muée en éthique. Ainsi, la fabrication de clones humains contreviendrait à l'éthique. On ne dit plus Le Bon Dieu, on dit la Nature : son équilibre serait compromis, comme si la Nature avait jamais connu d'équilibre, alors que l'évolution ininterrompue des espèces traduit bien la permanence du déséquilibre. La barrière naturelle des espèces serait violée, comme si le concept d'espèce était naturel, comme si ânes et juments, tigresses et lions, ne sautaient pas joyeusement la barrière des espèces. Les psychologues assurent que le clone humain n'a aucun avenir car, même avec un code génétique identique, le vécu sera différent et le résultat imprévisible d'autant. Toutefois, en attendant la faillite annoncée de ces tentatives délirantes, tel éthicien juge prudent de condamner le clonage humain sous l'approbation bêlante du troupeau citoyen gavé de vérités médiatiques.

Un pari

Dès lors, les conditions semblent réunies pour ouvrir un pari : que dans 20 ans on fabriquera le clone humain à la série, avec un code génétique amélioré : d'une part pour adapter sa psychologie à sa condition de clone, d'autre part pour qu'il se nourrisse de nos ordures avec jubilation (petit gourmand, va !) Et puis il y aura les options : on se laissera tenter par une résistance à la radioactivité ou une allergie aux idéologies subversives, comme on choisit aujourd'hui l'airbag latéral et les jantes alu. Nécessaire à l'industrie et aux travaux ménagers, moins cher à produire qu'un robot, parfaitement heureux et conforme aux normes écologiques les plus sévères, le clone humain bouleversera l'organisation de la société, sans obliger toutefois à bitumer la moitié de nos contrées pour le faire rouler et l'autre moitié pour le stationner. Sujet aux erreurs de programmation génétique, le clone psychopathe commettra parfois des meurtres, mais cependant loin derrière les 1,3 millions de morts que causent chaque année dans le monde les accidents de la circulation.

Vous l'aurez compris, je n'aime pas la voiture à laquelle j'ai d'ailleurs renoncé depuis longtemps. En revanche, une clone ayant le sens de l'humour, maximum 30 ans, non-fumeuse, aimant la musique et les promenades, photo souhaitée, pourquoi pas? En leasing.

Nécessité de l'éthique

L'Homme et l'animal

Selon le paléontologue Richard Leakey, l'éthique « est notre devoir, parce que, fondamentalement, Homo sapiens se trouve sur un pied d'égalité avec chacune des espèces de la Terre » A l'inverse de Leakey, Pierre Blackburn juge que « l'être humain est l'unique animal dont la pensée peut être dite claire, précise, exacte, adéquate, cohérente, profonde et impartiale. » Du coup, il en conclut à l'obligation d'utiliser ces belles qualités pour assumer des responsabilités éthiques.

Ainsi, la nécessité de l'éthique découle-t-elle de l’égalité de l'être humain avec les autres espèces, mais elle découle tout aussi bien de sa supériorité sur les autres espèces. L’éthique résulte de tout et de son contraire, grâce à quoi la droite et la gauche communient dans l'éthique, les curés prêchent l'éthique, les philosophes athées expliquent l'éthique, l'écologie se fonde sur une éthique. Il en faut en médecine, il en faut en politique, sur Internet, au Forum économique mondial de Davos, à l'école et dans le cyclisme et dans le maïs transgénique et dans la photocopie des livres. Et surtout, il en faut à la guerre.

Culpabilité

La citation précédente de Pierre Blackburn agrémente un ouvrage sobrement intitulé L'Éthique (Ed. ERPI 1996). Édité au Québec, cocktail optimal de pseudo-cartésianisme français et de pseudo-pragmatisme anglo-saxon, ce bouquin de 490 pages nous apprend uniquement, et probablement sans le vouloir, que l'éthique se fonde sur la culpabilité. Considérons par exemple le branleur qui fait la manche à la sortie de l’UBS. Il prétend avoir besoin de fric pour sa dose biquotidienne, mais allez savoir... Si vous lui filez 5 balles, pensant ainsi contribuer utilement au progrès de sa décomposition, il est bien capable d'en profiter pour aller passer une nuit au sleep-in. (On ne peut vraiment pas leur faire confiance ! De mon temps...) Et voilà que vous, qui ne rechargez jamais le parcomètre et qui votez toujours en suivant les recommandations du Conseil fédéral, vous qui n'installez pas un logiciel sur deux PC quand vous n'avez qu'une licence et qui triez soigneusement tous vos déchets, vous (oui vous !) plongeriez dans l'enfer de la culpabilité à cause d'un petit salopard qui ne respecte rien, même pas les parvis en marbre et les colonnes doriques de l'UBS ? C'est trop !

Dès lors, la solution consiste à choisir un principe quelconque, instantanément promu au rang d'éthique. Par exemple : si on lui donne de l'argent, on ne l'aide pas à s'en sortir. Ou inversement : soyons solidaire avec les plus démunis. Peu importe l'option, vive la bonne conscience retrouvée ! Alors que SANS éthique, la culpabilité vous guette quoi que vous fassiez, AVEC l'éthique vous dormirez tranquille, quoi que vous fassiez. Cela dit, si vous arrivez à prendre une décision aux effets incertains, sans culpabiliser, vous pouvez oublier l'éthique. De tels génies semblent cependant assez rares au vu de la purée éthique largement tartinée à longueur de discours et d'interviews. Visiblement, la culpabilité se répand comme une épidémie d'imbécillité spongiforme, variation sur le thème du péché originel ou dernière crise de conscience du soixante-huitard dans sa marche triomphale vers la sénilité, culpabilisation d'avoir laissé faire la bombe atomique, de n'avoir pas su apporter le bonheur à l'humanité par la science ou d'écraser un chat avec sa voiture pour éviter un enfant (tragédie éthique donnée par l'ouvrage de Pierre Blackburn, p. 11). Pour résumer dans le style de Woody Allen : si le ramollissement de l'asperge à la cuisson vous pose un problème éthique, parlez-en à votre sexologue.

L'éthique et la guerre

Bavures...

S'il est vrai, comme le déplore Marcel Boisot dans La morale, cette imposture (Ed. Le Pré aux Clercs, 1999), que l'éthique s'ingère dans les moindres recoins de notre vie privée en piétinant les libertés individuelles qu'elle prétend par ailleurs défendre, c'est encore dans sa complicité avec la guerre que l'éthique donne toute la mesure de sa perfidie. Partout, les guerres sont dites « justes », grâce à quoi les tueries de civils se réduisent alors à des bavures collatérales acceptables, compte tenu de la pureté éthique (à ne pas confondre avec la purification ethnique) des intentions initiales. Quant aux guerres « préventives », elles contribuent toujours à aggraver les massacres de population qu'elles prétendaient empêcher pour des raisons éthiques ; mais comme le remarquait Max Weber en 1919 déjà : « S'il est un problème dont l'éthique absolue ne s'occupe pas, c'est bien celui des conséquences. »

...et justification

Et que dire du déclenchement de la guerre au mépris de toutes les conventions du droit international ? Que « l'impératif éthique devient nécessaire pour justifier sa transgression flagrante. » En théorie, l'éthique se réfère à des valeurs universelles et intemporelles, donc supérieures à celles du droit qui varie selon l'époque et le lieu, mais « pratiquement, le primat de l'éthique justifie toutes les libertés prises envers le droit. » Ces quelques remarques, et bien d'autres également (im)pertinentes, éclairent à souhait les Contes et légendes de la guerre éthique de Daniel Bensaïd (Ed. Textuel, 1999).

L'éthique et le droit

La possibilité de se soustraire à la rigueur du droit par une escroquerie conceptuelle à flexibilité illimitée n'a pas échappé à l'Académie suisse des sciences techniques (SATW) qui, dans un document non daté intitulé Éthique pour l'ingénieur, relève que l'éthique « dépasse le cadre strict des législations et des règlements. Ces derniers décrivent et répriment les délits, mais ils ne peuvent que difficilement garantir un comportement individuel civilisé et respectueux du bien de la communauté. » C’est vrai : il y a des criminels qui enfreignent les règles du droit, mais donnez-leur des règles d’éthique en lieu et place, et voilà qu’ils vont subitement se muer en citoyen «  civilisés et respectueux du bien de la communauté. » Miracle !

L'éthique s'impose donc parce que la loi ne règle pas tout. Les charlatans aussi défendent leurs potions miraculeuses en remarquant que la médecine ne guérit pas tout. Et les gourous prolifèrent parce que la science n'explique pas tout.

L'universalité de l'éthique

Stylo, mode d'emploi

La déclaration des Droits de l'Homme constitue aujourd'hui la vitrine la plus flamboyante du projet éthique. Conçue en 1948, elle fut qualifiée d'universelle parce que la commission de l'ONU chargée de la rédiger comportait un Chinois et un Libanais, tous deux « allaités » au ketchup et au Coca­ Cola. Plus de 60 ans ont passé, mais l'arrogance de l'Occident reste intacte et le déploiement de ses méfaits confine effectivement à l'universel. Le record semble actuellement détenu par l'opération Restore Hope menée en Somalie en 1992. Imaginez des chefs de clan dont la langue ne connaît alors de forme écrite que depuis une vingtaine d’années. Résolvant traditionnellement leurs conflits sur un terrain sacré, en exprimant leurs griefs réciproques par des chants rituels, ils se voient subitement propulsés dans les valeurs universelles de la civilisation : on leur passe autour du cou... une cravate (qu'alliez-vous croire ?!) Un hélicoptère les mène au vingtième étage d'un hôtel, on leur montre comment tenir un stylo et on leur fait signer un traité de paix. Or, à peine redescendus sur terre, les voilà qui recommencent à se battre au mépris de l'engagement universellement reconnu que représente l'apposition d'un graffiti au bas d'un papier. Quel mauvais goût éthique, tout de même !

La couleur noire

Scénario semblable, en 1991, avec la Birmanie qui voulait des armes sophistiquées. C'est d'accord, mais à condition que cette dictature commence par signer la Déclaration « universelle » des Droits de l'Homme. La Birmanie signe, Amnesty International s'en félicite, Rangoon reçoit ses armes et continue de violer méticuleusement les droits de l'Homme durant les vingt années qui suivent. Alain Madelin parmi d'autres s'inquiète fugitivement, dans Le Droit du plus faible (Ed. Laffont, 1999), de cette éthique du plus fort qui cherche à s'imposer à tous en se prétendant universelle. Comme disait Henry Ford, inventeur au début du 20e siècle de la voiture grand public standardisée : « Le client pourra choisir la couleur, à condition de choisir la couleur noire » ; sauf que pour l'éthique, ce serait plutôt la couleur blanche. À moins que...

Suprême indifférence

Je rêve déjà du jour où le Marché commun sino-japonais, devenu première puissance économique du monde, nous dira : « On veut bien vous vendre nos hyper-robots, mais à condition que vous commenciez par signer le Manifeste universel du Souffle Vital et de la Suprême Indifférence. » Ah ! la tronche des petits chrétiens occidentaux, ce jour-là ! Puissé-je vivre assez longtemps pour assister à cette scène jubilatoire.

Les progrès de l'éthique

Une coulée de lave

L’éthique devient indispensable dans les sciences, lit-on dans les revues spécialisées. Les dérives éthiques de la concurrence inquiètent le spécialiste des marchés, jusque dans la presse dominicale. L’éthique joue un rôle important pour l'image de l’entreprise, affirme un spécialiste à la télévision. Nick Hayek le confirme à la radio : c'est bien l'éthique de la Swatch qui fait son succès. Ainsi, la lave éthique envahit tous les supports médiatiques, frappant « toute pensée et toute politique de sa propre impuissance » (Jacques Rancière). Et moi... je vous prédis la grande éruption de l'éthique pour le vendredi 13 décembre 2013 à 13h.13 (ça nous laisse le temps de boire un verre).

Évolution

Longtemps plus tard, ViroNet, le virus en réseau qui sera devenu l'unique créature intelligente de la Terre, essaiera de comprendre pourquoi et comment une espèce de bipèdes, qui avait réussi à inventer le tire-bouchon et l'Alcootest, fut subitement fossilisée dans une attitude quasi batracienne. Par simulation bio-informatique, il prouvera que c'est la posture optimale pour atteindre la télécommande sans lâcher le cornet de chips et tout en écoutant un président américain expliquer, à un enfant irakien agonisant, les raisons éthiques de sa guerre.

Les dérives de l'éthique

Famine

Mais bien sûr, l'éthique elle-même n'est pas en cause ; seule la mauvaise utilisation de l'éthique est condamnable. Les femmes afghanes sont traitées comme du bétail, mais l'islam n'est pas en cause, ce n'est qu'une mauvaise lecture du Coran. Une dictature persécute ses opposants ? C'est souvent une légère confusion entre les commissariats et les boucheries, mais qui ne saurait remettre en cause cette valeur universelle, donc essentiellement éthique, que constitue le maintien de l'ordre public. Un golden boy de Wall Street parvient à réduire un peuple à la famine pour faire monter le cours du blé, mais le capitalisme n'est pas en cause, ce n'est là que l'effet secondaire d'une juvénile passion pour l'éthique boursière. (Laissons les jeunes s'amuser un peu ; on a tous fait des bêtises à leur âge !)

Sophisme

Préserver la blanche pureté d'une doctrine en jetant dans la poubelle des « malheureuses dérives » les usages criminels qu'elle rend possibles, c'est la méthode préférée des psychopathes de l'extrême droite. Lorsque des militants du Front national français castagnent des maghrébins ou les noient dans la Seine, cela n'aurait rien à voir avec le patriotisme exacerbé, dont la xénophobie ne constituerait qu'une malheureuse dérive, d'ailleurs promptement dénoncée par les leaders. Ce sophisme ne convaincra cependant que les inconditionnels de la mauvaise foi. Que dirions-nous d'un constructeur de voitures qui négligerait la sécurité, sous prétexte que les accidents ne sont pas dus aux véhicules mais seulement à la mauvaise utilisation qui en est faite ? On en dirait probablement qu'il manque d'éthique, car l'éthique prescrit que l'inventeur assume la responsabilité de ses inventions, que le patriote enragé assume celle du racisme auquel il incite, que le communiste assume solidairement la responsabilité des goulags, mais que le sermonneur éthique se contente d'une indisposition passagère devant les abus de sa dévotion favorite, et dont on sait désormais qu'ils atteignent au crime d'ampleur historique.

L'éthique du scientifique

Conséquences globales

Tout le monde est d'accord : le scientifique doit refuser de collaborer aux développements techniques nocifs pour la société. Un document de la SATW cité plus haut lui prescrit une évaluation constante « des conséquences globales et à long terme » de ses actes.

Voyez les frères Auguste et Louis Lumière : à la question de savoir s'ils pensaient pouvoir vivre de leur invention, ils répondirent que le cinéma, petit amusement inutile, ne ferait jamais vivre personne. Dans leur aveuglement éthique, ils ne virent point les dinosaures du Jurassic Parc et même les mensurations de Pamela Anderson échappèrent à leur évaluation des conséquences globales.
Voyez les pionniers de l'aviation qui estimaient ce sport réservé à quelques téméraires. Dépourvus de clairvoyance éthique, ils ne lui prédisaient aucun impact sur les transports et ne devinèrent même pas que, entre deux grèves, les pilotes d'Air France réussiraient parfois à faire voler un avion.
Voyez l'expert que le gouvernement américain désigna, dans les années 1950, pour chiffrer les potentialités de l'informatique : réfractaire aux évaluations éthiques, il concluait que seules quatre entreprises américaines allaient tirer profit de cette nouvelle technologie.

Anticipation

Mais tout le monde est d'accord : le scientifique éthique d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec ces ignorants du passé. Il ne conçoit pas un robot sans en prévoir à long terme l'influence sur le marché du travail ; et il n'améliore pas les propriétés d'un matériau sans anticiper globalement toutes ses applications civiles et militaires. Le document de la SATW précise d'ailleurs que l'ingénieur doit « tenir compte des valeurs socio-culturelles existantes, mais aussi à venir » Voilà qui risque d'être dur, mes chers collègues : imaginez un peu qu'on va devoir tenir compte des valeurs socioculturelles qui n'existent pas encore !

L'éthique et la démocratie

Tout le monde est d'accord: le scientifique assume la responsabilité éthique de ses travaux. Peu importe que les Suisses aient souhaité la poursuite de la recherche en génie génétique, rejetant une initiative populaire qui voulait l'interdire : si l'éthique d'un chercheur lui prescrit d'arrêter ses recherches en biotechnologie, tout le monde est d'accord, il endossera la responsabilité de cette décision sans s'occuper de la volonté populaire.

D'ailleurs, en évaluant constamment les conséquences globales et à long terme de la technique, les ingénieurs évitent cette ennuyeuse préoccupation au citoyen ordinaire qui peut ainsi s'adonner goulûment à des activités plus créatrices telles que la recherche d'une place de parc au centre ville ou la collecte assidue des cartes de fidélités. En conséquence, tout le monde est d'accord : l'ingénieur doit prendre le pouvoir. On voit mal en effet à quoi servirait encore la démocratie, faire voter des lois qui « ne peuvent que difficilement garantir un comportement individuel civilisé » (SATW), alors que le concile « œcuméthique » des scientifiques dirigerait les idiots du village global en évaluant constamment les conséquences à long terme de la dictature éthique et en tenant compte des valeurs socioculturelles résolument inexistantes.

Marcel Aymé

« Quand tout le monde est d'accord avec quelque chose, c'est sûrement quelque chose de faux. »


Vendredi 24 Germinal An VI, Palais de l'Institut

Napoléon : - J'ai lu avec grand intérêt votre Exposition du système du monde, non sans étonnement cependant de n'y trouver nulle mention de Dieu. Comment, Mon Cher Marquis, prétendre expliquer tout l'Univers sans l'aide de son Créateur ?

Laplace : - C'est que, voyez-vous, Mon Cher Bonaparte, pour expliquer rationnellement les phé­nomènes qui s'offrent à notre observation objective du Monde, l'hypothèse de Dieu ne m'a pas paru nécessaire.

* * *

Vendredi 13 décembre 2013, siège de l'ONU

Clone humain secrétaire général : - J'ai lu avec grand intérêt votre rapport sur les Fondements et finalités des comportements humains, non sans étonnement toutefois de n'y trouver nulle référence à l'Éthique. Comment pouvez-vous, Mon Cher Professeur, évaluer toutes les conduites de l'Homme sans l'aide de leur source éthique ?

Prof. Nowaffle : - C'est que, voyez-vous, Mon Cher Clone, pour un exposé cohérent de la psychosociologie humaine, le détour par l'Éthique ne m'a pas paru indispensable.