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Y'a une bulle !

La beauté

Ah, la beauté ! Effluve toxique, suintant sournoisement de la nature ou de l’œuvre d’art ! Lente anesthésie de toutes les formes de conscience ! Rien de tel que le BEAU pour rendre idiot.

Au diable le coucher de soleil

Tout le monde est d’accord, le Soleil est beau. Qu’importe son cortège de rayonnement infrarouge dévastateur pour l’épiderme ou ses bouffées d’ultraviolet cancérogènes : nos yeux ne sont point faits pour percevoir tout cela, de sorte que lorsque le Soleil brille, il fait « beau ». Le cerveau-méduse Et dès qu’il fait « beau », les masses convergent indolemment vers des plages encombrées, ou les cerveaux se transforment silencieusement en une masse de gélatine médusoïde inopérante. Mais le plus « beau », c’est encore lorsque le Soleil se couche.

Combien de fois ne dûmes-nous pas, mon frère et moi, poser benoîtement devant un coucher de soleil, pour que mon père puisse réaliser sa sempiternelle photo de coucher de soleil ? La beauté d’un coucher de soleil transcende les cultures. Si vous allez au Laos, ne manquez pas Sunset on the Mekong, un tour organisé pour seulement 70 dollars. Le cerveau-méduse En Occident les tableaux de couchers de soleil foisonnent sur tous les sites web de vente. Mon préféré reste le Coucher de soleil sur l’Adriatique, une œuvre de 1910 du peintre Joachim-Raphaël Boronali, qui… n’a jamais existé, puisque cette toile fut réalisée par un âne, à la queue duquel on avait attaché un pinceau ! Ce qui n’empêcha pas les critiques de l’époque d’émettre de savantes considérations sur ce chef-d’œuvre de beauté. Dorénavant, vous pouvez admirer l'original à l’espace culturel Paul Bedu de Milly-la-Forêt.

Au diable les papillons tropicaux

Imaginez une personne d’une laideur repoussante, condamnée à la chasteté par l’inexistence de tout prétendant consentant. Un jour, cette personne rencontre le Diable, qui lui propose un marché : elle sera belle pendant deux jours, au cours desquels elle séduira de nombreux partenaires, puis elle mourra. Tel est le destin du papillon. D’abord affreuse chenille, plus ou moins velue, mais toujours grouillante et repoussante. Une chenille Puis, inquiétante chrysalide, suspendue au coin d’une table ou d’un volet en bois, un machin qui suinte d’une bouillie émétique et visqueuse si l’on essaie de l’en détacher. La chrysalide Enfin, un « beau » jour, un beau papillon ; et même, un papillon magnifique que les imbéciles tentent de photographier en le pourchassant de leur téléphone, avec force cris d’admiration. Le papillon Le papillon échappe à cette violation de sa sphère privée en se contentant de papillonner selon sa nature et suivant ses hormones qui l’entraîneront à copuler frénétiquement pendant deux jours, avant de retomber dans une laideur cadavérique bien méritée.

Pathétique !