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La mort contrôlée

Paradigme

Lisbonne, qui n’est plus, eut-elle plus de vices
Que Londres, que Paris, plongés dans les délices ?

Ainsi Voltaire s’insurgeait-il, dans son célèbre Poème sur le désastre de Lisbonne, contre ceux qui voyaient dans le tremblement de terre de Lisbonne (1755) une punition divine. En plein siècle des Lumières, l’être humain récuse les « voies impénétrables » de la divine providence (paradigme providentialiste) : il veut expliquer les catastrophes par des processus naturels (paradigme naturaliste). Avec une arrière-pensée : celle de pouvoir contrôler, influencer, maîtriser ces processus, ce qui reste bien évidemment impossible, tant qu'il s'agit de « volonté divine ».

Contrôle

Depuis plus de 250 ans, l’histoire de l’Occident est une histoire du contrôle.
On ne veut plus que la foudre tombe sans crier gare pour punir le misérable pécheur, et l’on pose des paratonnerres (inventés en 1752 par Benjamin Franklin). On ne supporte plus que la maladie vienne ravager sans prévenir la population prétendument impie : Louis Pasteur et quelques uns de ses contemporains inventent les vaccins (1879). On n’accepte plus que les enfants arrivent à l’improviste, et l’on invente la pilule.
À moyen terme, rares seront ceux qui tolèreront que la mort survienne sans que l’on ne sache « ni le jour ni l’heure. »

La mort aussi

Bientôt, il paraîtra légitime de contrôler aussi sa mort : le jour, l’heure, le lieu et la méthode. D’autant plus légitime que, de toute évidence, nos sociétés modernes n’auront plus les moyens d’entretenir décemment ces vieux que la médecine s’emploie à rendre de plus en plus vieux et de plus en plus nombreux. Lorsque la qualité de la vie se révèlera trop dégradée, refuser d’y mettre un terme semblera aberrant, voir immoral.
Le suicide sera devenu la norme ; et l’assistance au suicide, une fonction régalienne.